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La morphologie du caméléon



A. La peau :


1. Structure et organisation :


a. L'épiderme :


L'épiderme est la couche la plus superficielle de la peau, composée de cellules kératineuses et transparentes, dont la dernière couche est composée de cellules mortes, donc peu extensible. Celle-ci doit donc alors se détacher pour permettre la croissance de l'animal, sous l'action d'une couche de liquide et de bulles d'air qui s'immisce entre la couche de peau morte (l'exuvie) et la couche encore vivante, ce qui provoque sa chute, c'est le phénomène de mue.

Il contient également les guanocytes, également appelés guanophores. Ces cellules contiennent un pigment, appelé guanine.

b. Le derme :


Il s'agit de la couche plus profonde de la peau, dans laquelle se situent les chromatophores, c'est à dire les cellules pigmentaires responsables des couleurs et des variations de teintes qui ont fait la réputation, erronée, de roi du mimétisme du caméléon.

La première couche de l'épiderme serait donc la strate des iridocytes, située à la superficie de l'épiderme, et constituée de grandes cellules contenant la purine.
La couche inférieure contient les xanthophores et les érythrophores, également pleine de pigments.
Vient ensuite la strate des mélanophores, cellules remplies de mélanine, et contenant des extensions dendritiques, sorte de canaux qui relient les mélanophores aux couches supérieures.

Structure de la peau du caméléon

2. Mécanismes entraînant les variations de couleur :


Les couleurs proviennent de la nature des pigments contenus par les chromatophores.
Les guanocytes contiennent la guanine, pigment dont la couleur varie du jaune en cas de forte exposition lumineuse, au bleu, en cas de faible exposition. Il apparaît que ce même pigment existe chez certains poissons tropicaux, mais que ce dernier reflète alors uniquement une couleur bleue.
Les iridocytes contiennent de la purine qui contrôle quant à elle l'intensité et la direction de la lumière qui la traverse, choisissant ou non d'exposer les cellules pigmentaires sous jacentes à la lumière.
Les érythrophores contiennent un pigment rouge et les xanthophores un pigment jaune.
Donc en fonction de la lumière que laisse passer les iridocytes, les xanthophores et érythrophores laisseront leurs couleurs s'exprimer ou non.
Les mélanocytes contiennent un pigment noir appelé mélanine, et peuvent expulser ce dernier vers les couches supérieures par les extensions dendritiques, ce qui permet de passer à travers la couche des iridocytes, même si ceux-ci adoptent une configuration de barrière vis-à-vis de la lumière.

Les couleurs naissent donc d'une subtile régulation optique, en décomposant et en filtrant la lumière. Par exemple, un rayon lumineux filtré bleu par un guanocytes, et qui rencontrerait un xanthophore jaune avant d'être renvoyé vers la surface offrirait une couleur verte.

Ces changements s'opèrent par une complexe régulation hormonale, chimique et neurologique, en fonction de l'état physiologique ou psychologique du caméléon, par exemple : la température, la gravidité, la réceptivité sexuelle, la peur, l'excitation, l'agressivité, la dominance…

Exemple d'un Chamaeleo Trioceros Melleri, robe d'un individu calme à gauche, et du même individu confronté à une situation stressante à droite.

3. Variétés d'écailles et ornements :


Il existe différentes formes d'écailles en fonction des parties du corps et des espèces :
Les écailles tuberculaires, les écailles lenticulaires, en forme d'assiette, en croissant le long des lèvres (bande dentelée), les écailles coniques situées principalement sur les crêtes dorsales et sur la tête.
L'espace entre les écailles est composé de peau, que l'on distingue nettement sous la gorge, lorsque l'animal en en position d'intimidation et qu'il gonfle cette dernière.

Il existe également différentes cornes, vraies (comme chez le trioceros jacksonii mâle) ou fausses (bradypodion fischeri) et divers appendices rostraux.
Exemple d'un trioceros jacksonii mâle.

B. Les yeux :


Autre particularité propre au caméléon : ses yeux. En effet, ceux-ci dispose d'un organe sensoriel d'une redoutable efficacité, bien que inutiles si la luminosité est très faible.
Les yeux sont totalement indépendants l'un de l'autre, et chaque œil dispose d'un angle de vision de 180° sur un plan horizontal et de 90° sur un plan vertical, ce qui le dispense quasiment de bouger la tête pour observer tout se qui se passe autour de lui.
Il est composé de paupières soudées, disposant d'une légère ouverture centrale par laquelle on distingue la pupille. L'œil a également la capacité d'être propulsé partiellement hors de la cavité orbitale, lorsqu'un corps étranger s'y est introduit par exemple, afin que l'animal puisse le frotter contre une branche. L'accommodation visuelle et la mise au point fait que sa vison est une des plus performante du monde animal.
Cette vision binoculaire permet une grande précision lors de la chasse, tant au niveau de la profondeur de tir que de sa direction.
L'appréciation de la distance semble se faire par triangulation, l'angle entre les deux yeux lorsque ceux-ci pointe la cible semblant donner la distance. J'ai remarqué qu'un spécimen avec un œil déficitaire, compensait en oscillant de gauche à droite tout en ciblant la proie, afin d'apprécier la distance de celle-ci, et ratait rarement sa cible.

C. Autres organes sensoriels :


La vue exerce une telle dominance sur les autres organes sensoriels que ceux-ci n'ont qu'une faible efficacité. L'ouie est plus que rudimentaire. En effet, il n'existe pas d'ouverture vers l'extérieur communiquant avec la cavité tympanique située en arrière des yeux. Celle-ci est partiellement reliée à l'intérieur de la bouche. Immédiatement au dessus de cette cavité, il existe une plaque osseuse appelée plaque ptérygoïde, chargée de véhiculer les vibrations. Les caméléons ne sont donc capables que de percevoir les sons de basse fréquence, autour de 200Hz.
Le goût et l'odorat semblent également quasiment absents.

Angles de vue

D. La langue et la bouche :


1. Système de propulsion :


Coupe de la bouche d'un caméléon

Le système de propulsion de la langue est basé sur une architecture osseuse et musculaire particulière. La structure osseuse principale est l'apophyse entoglossale, constituée de deux os longs situés dans un plan sagittal, le plus court étant vertical, et articulé dans sa partie basse avec un os plus long horizontal. Il existe également quatre petits os hyoïdes situés dans un plan frontal qui permettent l'attache de puissants muscles ayant un rôle de propulsion et de pro traction de l'apophyse entoglossale. Sur l'os entoglossal horizontal se place la langue, dont la partie proximale, très extensible (près de la longueur totale du caméléon), se rétracte autour de l'os, comme un fourreau autour d'une épée, et la partie distale, appelée massue, se replie vers l'arrière par-dessus l'os entoglossal, sans se rétracter autour.
La massue est plus dense et creusée de sillons, qui sous l'action d'une couche de salive et de visqueuses mucosités, engendrent un effet ventouse qui permet d'engluer la proie.

Donc, lorsque le caméléon a repéré sa proie, il la cible des deux yeux simultanément, se met face à elle, et entrouvre légèrement la gueule en laissant une petite partie de la langue saillir à l'extérieur. Apres une durée variant de quelques secondes à plusieurs minutes, il propulse la langue vers l'avant à une vitesse de plus de 5m/s, la massue englobe partiellement la proie, puis la langue se rétracte vers la bouche. Pendant la phase de rétraction, le caméléon ferme habituellement les yeux pour éviter d'être blessé par la proie.
Le caméléon maintient ensuite cette dernière entre les mâchoires et l'avale sans réellement la mastiquer.

2. La bouche :


Elle est généralement colorée en rouge, rose ou jaune, voir même en violet pour certaines espèces. Les dents sont acrodontes, et ne repoussent pas et ne sont pas remplacées. Elles sont de forme triangulaire et servent plus à maintenir la proie qu'à réellement la mastiquer.
A la commissure des lèvres se trouvent des glandes chez certaines espèces, qui dépose des secrétions odorantes sur les surfaces contre lequel se frotte le caméléon, pour attirer certaines proies ou marquer le territoire, bien que l'organe voméronasal du caméléon soit apparemment inefficace ou inutile.
On trouve des glandes sécrétrices de mucus sur les cotés de la langue, ayant pour but d'augmenter la viscosité et le pouvoir collant de celle-ci pour la rendre plus efficace lors de la chasse.

E. Le corps :


Le caméléon a la particularité d'avoir des cotes non fixées au sternum, mais derrière, sur la crete cartilagineuse médiane. Cette morphologie lui permet de modifier la section sagittale de son corps, choisissant d'être soit ronde, soit aplatie. Ceci permet de modifier le rapport de surface/volume du corps, et de réguler plus facilement sa température. En effet, les échanges calorifiques avec l'extérieur se font en fonction de la surface d'échange. Plus la surface est importante par rapport au volume, et plus les échanges de chaleur seront importants. Lorsque la section du corps est aplatie, les échanges sont plus efficaces que lorsqu'elle est ronde.
Ceci permet également à l'animal de se montrer sous un profil impressionnant pour dissuader un éventuel prédateur, ou un éventuel congénère.

Ce corps se prolonge par la queue, plus ou moins longue selon que l'espèce est arboricole ou terrestre, et sert de cinquième membre, permet de se maintenir lors des déplacements, de stabiliser le corps du caméléon lorsque celui ci se lâche avec les pattes avant pour attraper une proie éloignée, de se suspendre dans des positions en tout genre, parfois à la limite du ridicule pour l'observateur potentiel. Elle essentiellement constituée de vertèbres caudales ( de 45 à 60). A sa base se trouve le cloaque et les organes génitaux masculins, souvent mis en évidence par un renflement à la base de la queue.

Les pattes sont quand à elles terminées par des pinces, constituée de doigts soudés, trois à l'intérieur et deux à l'extérieur pour les pattes avant, et inversement pour les pattes arrières.

F. Organes internes :


Le système cardio-vasculaire est le même que pour tout les sauriens, à savoir qu'il est composé d'un cœur muni de deux oreillettes et d'un ventricule unique compartimenté par une paroi musculaire.
Le système circulatoire comprend la particularité de ne pas envoyer de sang artériel vers les reins pour la filtration, ces derniers récupérant le sang veineux des membres inférieurs et de la queue.
Cette particularité est très importante pour déterminer la localisation de l'injection de solutés présentant une toxicité rénale.

Ce système cardio-vasculaire est alimenté en oxygène par des poumons unilobés, dont la partie distale se termine par des sacs aériens.
La cavité thoracique étant dépourvue de diaphragme, l'ampliation pulmonaire est généré par les muscles costaux.

Le système digestif comporte un estomac allongé, un intestin qui se jette dans le coprodeum, premier des trois compartiments du cloaque.
Les deux autres compartiments sont :

- l'urodeum, qui recueille les urines, provenant de la vessie qui abouche directement dans celui-ci. Les urines sont les déchets de filtration des reins, et sont acheminées vers la vessie via les urètres.
L'urodeum reçoit également le sperme et les œufs ( ou les petits dans le cas d'une femelle vivipare )

- Le proctodeum, qui est la cavité débouchant directement sur l'orifice cloacal et l'extérieur.

Les ovaires et les testicules sont localisés antérieurement aux reins.
L'oviducte, qui sert à maintenir les œufs et les petits pendant la gestation, débouche dans l'urodeum.

Les hémipénis des mâles sont repliés dans deux poches localisées à la base de la queue, en présentant un renflement plus ou moins marqué sur cette dernière.

Coupe anatomique
Cet article a été rédigé par Darksuburban le 09/07/2006. Vous pouvez contacter l'auteur pour toute question, remarque ou suggestion à cette adresse : darksuburban@tanalahy.com